Le petit prince a quitté un jour sa planète, excédé par la vanité de la rose qu'il élève et qu'il aime par dessus tout. Au cours de son périple, il rencontre Antoine de Saint Exupéry, coincé dans le désert à cause d'une panne d'avion. Le petit prince va l'accompagner tout le temps de la réparation. Jusqu'au jour ou Antoine vient lui apprendre la nouvelle, son avion est réparé, il va pouvoir rentré chez lui.
Les paroles du petit prince sont en italique, celle de Saint Exupéry, qui est le narrateur, sonts normales
- Moi aussi, aujourd'hui, je rentre chez moi...
Puis, mélancolique :
- C'est bien plus loin... c'est bien plus difficile...
Je sentais bien qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire. Je le serrais dans les bras comme un petit enfant, et cependant, il me semblait qu'il coulait verticalement dans un abîme sans que je pusse rien pour le retenir...
Il avait le regard sérieux, perdu très loin.
(...)
De nouveau je me sentis glacé par le sentiment de l'irréparable. Et je compris que je ne supporterais pas l'idée de ne plus jamais entendre ce rire. C'était pour moi comme une fontaine dans le désert.
- Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire...
Mais il me dit :
- Cette nuit, ça fera un an. Mon étoile se trouvera juste au-dessus de l'endroit où je suis tombée l'année dernière...
- Petit bonhomme, n'est-ce pas que c'est un mauvais rêve cette histoire de rendez-vous et d'étoile...
Mais il ne répondit pas à ma question. Il me dit :
- Ce qui est important, ça ne se voit pas...
- Bien sûr...
- C'est comme pour la fleur, si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont fleuries.
- Bien sûr...
- C'est comme pour l'eau. Celle que tu m'as donnée à boire était comme une musique, à cause de la poulie et de la corde... Tu te rappelles... Elle était bonne.
- Bien sûr
- Tu regarderas la nuit les étoiles. C'est trop petit chez moi pour que je te montre où se trouve la mienne. C'est mieux comme ça. Mon étoile ce sera pour toi une des étoiles. Alors, toutes les étoiles tu aimeras les regarder... Elles seront toutes tes amies. Et puis je vais te faire un cadeau.
Il rit encore
- Ah ! Petit bonhomme, petit bonhomme, j'aime entendre ce rire !
- Justement, ce sera mon cadeau... Ce sera comme pour l'eau...
- Que veux-tu dire?
- Les gens ont des étoiles qui ne sont pas toutes les mêmes. Pour les uns, qui voyagent, elles sont des guides. Pour d'autres, elles ne sont rien que de petites lumières. Pour d'autres, qui sont savants, elles sont des problèmes (...), mais toutes ces étoiles là se taisent. Toi tu auras des étoiles comme personne n'en a...
- Que veux-tu dire?
- Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras toi des étoiles qui savent rire !
Et il rit encore
- Et quand tu te seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir... Et tes amis seront bien étonné de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras "Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire !" et il te croiront fou. Je t'aurai joué un bien vilain tour...
Et il rit encore.
- Ce sera comme si je t'avais donné, au lieu d'étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire...
(...)
Cette nuit là, je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé, sans bruit.